Divers

Souvenirs d'antan.

Le suicide:
Nos ancêtres avaient le suicide en abomination. Dans la prévôté de Maubeuge, dont dépendait Obrechies, le corps du suicidé, quand il se trouvait dans la maison, n'en pouvait sortir par la porte, mais par une brèche, pratiquée dans la muraille. Le cadavre était mis en prison et on lui faisait un procès qui aboutissait toujours à la condamnation suivante : "Le cadavre sera traîné sur une claie hors de la ville, pendu à une fourche, puis jeté à la voirie dans certains cas le corps était brûlé;"
"La personne qui se deffait d'elle-même, le corps doidt estre trahinez aux champs le plus cruellement qui se faire pouldra pour monstrer l'expérience aux austres, et le corps doibt estre afourchiez..."
Le 25 janvier I386, une femme d'Obrechies ayant été trouvée pendue dans sa maison, le prévôt de Maubeuge se rendit sur les lieux et instruisit sommairement le procès.
Le cadavre de la suicidée fut brûlé. "Il n'estoient, dit le clerc de prévôt, en mémoire d'homme d'iceli ville (d'Obrechies) avoir vu faire justice au dit lieu. "
I°) Pour le salaire de maistre Pierre Chicket (le bourreau) parmy les frais de luy et de son keval : LVIII s.
2°) Pour les frais du prévôst, son lieutenant, les sergans et aucuns arbalestriers qui adont furent à Obrechies à faire la dicte justice, parmi les frais de leurs kevals : LII s.
3°) Pour fagos et autres cozes servans et besoingnians à la dicte justice : VII s.

Fait divers:
En 1431, Pérotte d'Obrechies fut mise en prison pour avoir dérobé "un pourcelet de lait en la maison d'un sien frère." Elle s'apaisa de ce méfait, après restitution, en quatre livres tournois.


L'enterrement d'un célibataire.

Lorsqu'un célibataire mourait, les jeunes gens et les jeunes filles se cotisaient pour l'achat d'un cercueil. Laissant à leur peine, les parents du défunt, la jeunesse se chargeait de l'ornementation de la chambre mortuaire. On tendait les murs de draps de lit sur lesquels on appliquait roses, lierre, rubans, etc...Contrairement à l'usage reçu dans les communes environnantes, elle ne payait pas le dîner. Huit jours après l'enterrement, elle faisait célébrer un service. L'après-midi de ce jour, après le repas, on se rendait à l'église. Les jeunes gens sonnaient la cloche à toute volée, cependant que les jeunes filles récitaient des prières de circonstances.
La cérémonie se terminait par un bal champêtre. Cet usage étrange nous étonne, nous choque même... Pour nos ancêtres, dit chroniqueur, c'était une façon de se réjouir de ce que le défunt était trépassé jeune et sans souillure.


L'instruction des enfants.

Non contents d'ouvrir des écoles dans leurs abbayes, les moines ne négligèrent pas l'instruction des enfants de la campagne.
Il paraît certain qu'au XIV° siècle, Obrechies avait sa maison "d'eschole". Située devant le cimetière, au coin du Trien, elle était entourée d'un petit jardin et d'une pâture. Ruinée pendant les guerres vers l'an I652, elle fut restaurée peu après. Le "magiter" d'Obrechies était choisi par le curé, d'accord avec la municipalité et les pères de famille. Souvent, il exerçait aussi les fonctions de clerc d'Eglise.

L'école fermait à Pâques et se rouvrait à la Saint Martin pour permettre aux enfants de vaquer aux travaux des champs. Pendant la période scolaire, pas de congé, sauf le dimanche. Cependant, l'école chômait l'après-midi du jeudi pour les garçons et du samedi pour les filles.
Les élèves se chargeaient du chauffage. A tour de rôle, en hiver chacun arrivait avec sa bûche.
La rétribution scolaire n’excédait jamais I5 sous par mois. A ce point de vue, la situation du "magister" d'Obrechies était exceptionnelle, car son traitement lui était assuré par l'abbaye de Saint Denys-en Brocqueroie et par la municipalité.
 
L'année scolaire était agrémentée par quelques fêtes chères au coeur des jeunes écoliers : La Saint Nicolas avec ses "conques", Noël et ses "cugnoles" et surtout le I2 mars la Saint Grégoire. En ce jour, les enfants portaient à l'école : farine, lait, beurre et levure, et la dame du "magister" débattait gaufres et "ratons" que l'on mangeait au chant de :
"C'est l'ducasse des écoliers"
"Nos arons du pain crotté"
"Nos arons du vin à boire"
"Vive Saint Grégoire"

Le premier dimanche de Carême, les enfants du village amassaient un tas de paille ou de bois sur une hauteur. Un adolescent agile était chargé de planter le brandon au sommet du bûcher et d'allumer la masse. Pendant qu'il brûlait, une ronde immense se formait autour du foyer, hommes, femmes, enfants, tous dansaient et chantaient à qui mieux mieux, des refrains séculaires. Les villageois attachaient une idée superstitieuse à cet usage; aussi ne refusait-on jamais les moyens de la perpétuer. 

Cette coutume, "el feureu" n'était autre que la continuation d'un usage païen qui consistait à allumer le feu nouveau aux calendes de mars et à la fête du solstice d'été.